Des paysages idylliques menacés

Reportage • 20.02.2022

A Nueva Esperanza, village rural du sud du Honduras menacé par le changement climatique, l’aide de la CRS redonne espoir à la population. La prévention des catastrophes se traduit par de multiples améliorations perceptibles au quotidien.

Texte: Sandra Weiss | Photos: Florian Kopp

«Température 32 °C, légère brise d’ouest, humidité 90%.» Eliecer Cruz relève les données de la station météo financée par la Croix-Rouge suisse (CRS). De l’élévation qui domine le hameau de Nueva Esperanza, dans le sud du Honduras, la vue est époustouflante: vertes collines ondulant à perte de vue, torrents cristallins, champs de maïs, quelques fermes. Des poules caquètent au loin.

Des collines verdoyantes s’étendent à perte de vue. On distingue quelques maisons dans les vallées.
La commune de Nueva Esperanza est menacée par les glissements de terrain.

Un paysage idyllique trompeur

Mais ce paysage idyllique est trompeur: «Nouvelle Espérance» est un lieu déshérité. Il faut trois quarts d’heure de quatre-quatre pour parcourir les dix kilomètres qui mènent à la première route goudronnée. L’école se trouve à 20 minutes de marche, le dispensaire à 30 minutes de cyclomoteur. La population vit dans de modestes habitations dont la cuisine et les latrines sont à l’extérieur. L’eau provient de fontaines communautaires. Bien que ce mode de vie très simple ne génère que très peu de CO2, le village est en première ligne des territoires menacés par le changement climatique, et figure en rouge sombre sur les cartes de la protection nationale contre les catastrophes.

Des collines perforées par les mines

La raison: ses collines cachent d’anciennes mines d’or et d’argent, qui remontent pour partie à l’époque des colons espagnols, et dont les dernières ont été fermées il n’y a que 25 ans. Le relief est troué de part en part et si instable qu’en cas de fortes pluies, un glissement de terrain pourrait avoir lieu et, dans le pire des cas, ensevelir le village. C’est pour alerter précocement de toute augmentation du risque qu’une station météo a été installée.

Préoccupations de la population

«Nous n’avions pas conscience du danger. Ce qui nous désolait, c’étaient l’état de délabrement de l’école et l’éloignement du centre de santé», se souvient José Pavón. A 73 ans, le chef du village fait partie des habitants les plus âgés. Lorsque la Croix-Rouge est venue pour évoquer un plan de lutte contre les catastrophes, il a hoché la tête – et mis sur la table les soucis plus urgents de la population. C’est ainsi qu’un plan d’action global concerté a vu le jour. «Un tournant pour notre village, déclare José Pavón. Si le financement est venu de la CRS, c’est la population qui s’est retroussé les manches.»

Portrait d’un homme âgé et moustachu portant un chapeau et un gilet orange. En arrière-plan, on distingue des arbres et un autre homme.
José Pavón est le chef du village et le responsable de la protection contre les catastrophes.

Santé, infrastructure et protection contre les catastrophes

Plusieurs comités ont été constitués – pour la santé, les infrastructures et la prévention des catastrophes. L’école a reçu une cuisine commune et deux nouvelles latrines. Le dispensaire a été rénové. L’amont de la rivière a été reboisé dans le but d’assurer l’approvisionnement en eau même durant la saison sèche. Les coteaux ont été consolidés pour réduire le risque de glissement de terrain, tandis que des murs de protection ont été élevés sur les berges de la rivière et sur les terrains en pente habités. La Croix-Rouge a fourni le matériel, les femmes et les hommes du village ont accompli les travaux.

La colline qui s’élève derrière une maison a été étayée au moyen d’un mur. Quatre personnes travaillent sur le terrain en pente.
Le comité local de protection contre les catastrophes construit un mur et reboise pour éviter les glissements de terrain.

De l’importance d’avoir une piste bétonnée

Dernier chantier en date: le coulage de deux bandes de béton afin que la piste reste praticable par mauvais temps. Les évacuations en seront grandement facilitées. «Nous en rêvions depuis si longtemps, s’exclame José Pavón. Jusqu’alors, nous devions évacuer les malades dans des hamacs.»

Jusqu’alors, nous devions évacuer les malades dans des hamacs.

A 73 ans, José Pavón est le chef du village et le responsable de la protection contre les catastrophes de Nueva Esperanza.

Santé materno-infantile

La promotion de la santé va de pair avec la prévention des catastrophes. Des sages-femmes ont été formées pour diagnostiquer à temps les grossesses à risque et renvoyer les patientes vers des hôpitaux.

Une mère assise tient son nouveau-né dans les bras. Elle discute avec une autre femme, qui porte un gilet rouge.
Kelim Gonzales, responsable de projet CRS, discute avec une mère devant la clinique materno-infantile.
Une femme en vêtements de protection vaccine une adolescente dans une école.
Une adolescente se fait vacciner contre le Covid-19 dans une clinique mobile.

Accès à la médecine

Avec le personnel médical du dispensaire, des bénévoles de la Croix-Rouge font fonctionner des cliniques mobiles proposant contrôles de santé et vaccinations. Des séances d’information sensibilisent la population aux soins aux nouveau-nés, à la contraception, à une alimentation saine et aux premiers secours.

Prendre son destin en main

«Ensemble, nous avons beaucoup appris, dit fièrement Suyapa Funes. Il n’y a pas eu un seul décès à l’accouchement depuis cinq ans.» Cette sage-femme tient aussi les cordons du fonds de crise de la communauté. Le capital de départ, de quelque 150 CHF, a été alloué par la CRS. Les emprunts sont ouverts à toutes et à tous et remboursables à un taux arrêté collectivement.

«C’est vraiment utile, déclare Eliecer Cruz. Il y a peu, ma fille est tombée d’un arbre et a eu besoin de points de suture à la cuisse.» Avant, lui qui a peu de moyens aurait connu le désespoir d’aller mendier de l’aide auprès de sa famille et de ses voisins. Aujourd’hui, rien de cela: «Je me suis rué chez Suyapa Funes pour lui emprunter l’argent du transport et nous sommes partis pour l’hôpital», raconte-t-il en entourant de son bras sa petite Scarlet, âgée de six ans, dont la plaie a bien cicatrisé. «L’aide de la CRS a bénéficié à tout le village. Elle a soudé notre communauté. Grâce à elle, nous sommes devenus maîtres de notre destin.»

À PROPOS

Partenaire officiel de la CRS, Novartis contribue financièrement à la prévention des catastrophes au Honduras. En cas de désastre, il soutient rapidement et simplement l’aide d’urgence de la CRS.

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