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Il y a 160 ans: la Suisse créa sa Croix-Rouge

Le 17 juillet 1866, le général Guillaume Henri Dufour (en haut) et le conseiller fédéral Jakob Dubs créent à Berne l’«Association de secours aux militaires suisses et à leurs familles». L’actuelle Croix-Rouge suisse (CRS) est née. Patrick Bondallaz, historien, explique le contexte de l’époque.

News du 11 février 2026

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Patrick Bondallaz

L’historien de la CRS donne des conférences, écrit des articles spécialisés et veille à la conservation de la mémoire de l’organisation. Né en 1982, il travaille à la CRS depuis 2014. Il a intitulé sa thèse de doctorat «Inter Arma Helvetia»: l’action humanitaire suisse pendant la Grande Guerre.

Ce retard s’explique principalement par la neutralité permanente du pays, reconnue depuis 1815. Convaincue d’être à l’abri des grandes guerres européennes, la Confédération se sent peu concernée par l’organisation de secours aux blessés de guerre. Beaucoup estiment d’ailleurs qu’en cas de conflit, la solidarité spontanée suffirait. D’autre part, le contexte politique de l’époque n’est guère favorable à l’émergence d’une Croix-Rouge nationale. En effet, la Suisse est un jeune Etat fédéral encore marqué par des divisions internes issues de la guerre du Sonderbund (1847). Les clivages confessionnels et politiques persistent, les élites sont fragmentées et le sentiment national demeure fragile. Enfin, l’organisation militaire, et par conséquent les services de santé de l’armée, relève encore largement des cantons, ce qui freine toute initiative centralisatrice.

Arguments contre une Société nationale de la Croix-Rouge

Ce retard s’explique principalement par la neutralité permanente du pays, reconnue depuis 1815. Convaincue d’être à l’abri des grandes guerres européennes, la Confédération se sent peu concernée par l’organisation de secours aux blessés de guerre. Beaucoup estiment d’ailleurs qu’en cas de conflit, la solidarité spontanée suffirait. D’autre part, le contexte politique de l’époque n’est guère favorable à l’émergence d’une Croix-Rouge nationale. En effet, la Suisse est un jeune Etat fédéral encore marqué par des divisions internes issues de la guerre du Sonderbund (1847). Les clivages confessionnels et politiques persistent, les élites sont fragmentées et le sentiment national demeure fragile. Enfin, l’organisation militaire, et par conséquent les services de santé de l’armée, relève encore largement des cantons, ce qui freine toute initiative centralisatrice.

Influence déterminante du conseiller fédéral Dubs et du général Dufour

Jakob Dubs, conseiller fédéral

C’est le président du CICR, Gustave Moynier, qui donne l’impulsion décisive à la création d’une Société nationale. Face à l’inaction des autorités fédérales, il redouble d’efforts, rédige la première ébauche des statuts de la future Croix-Rouge nationale et rallie deux figures clés autour du projet: le général Guillaume Henri Dufour, dont l’autorité morale fait l’unanimité, et Jakob Dubs, conseiller fédéral influent et fervent défenseur du fédéralisme. Leur alliance stratégique, associant prestige moral et caution politique, va porter ses fruits.

Le 17 juillet 1866, Jakob Dubs et Guillaume Henri Dufour créent l’«Association de secours aux militaires suisses et à leurs familles». L’actuelle Croix-Rouge suisse est née. L’assemblée constitutive se tient dans l’aile ouest du Palais fédéral, à Berne, en présence d’une vingtaine d’invités triés sur le volet, appartenant à l’élite politique et militaire du pays. Ce n’est donc pas Henry Dunant qui fonde la CRS. S’il approuve l’idée d’une Société nationale, il n’a que peu d’influence sur la création effective de cette dernière. Le conseiller fédéral Jakob Dubs et le général Guillaume Henri Dufour deviendront respectivement les président et président d’honneur de la nouvelle organisation.

Une Croix-Rouge «façon suisse»

Deux décisions majeures, prises lors de l’Assemblée constitutive, donnent d’emblée à la Croix-Rouge suisse son identité particulière. La première concerne sa structure organisationnelle, la seconde, l’étendue de ses missions.

Contrairement au modèle centralisé voulu par le président du CICR, constitué de membres individuels s’acquittant d’une cotisation annuelle, l’Association de secours opte pour une organisation résolument fédéraliste. Calquée sur le système politique suisse, cette structure accorde une large autonomie aux sections cantonales. Elle repose sur une commission exécutive de cinq membres, chargée de la conduite des affaires courantes, et sur un comité national de 44 membres – soit deux délégués par canton – garant de la coordination et de la mise en œuvre de l’action à l’échelle du pays.

Adhérant aux résolutions et aux principes de la Croix-Rouge, l’Association de secours a pour but essentiel de soutenir le service de santé de l’armée suisse. Mais, outre le secours aux blessés de guerre, elle inscrit dans ses statuts l’aide matérielle aux familles de soldats mobilisés ou tombés au combat. Ce deuxième domaine d’activité suscite de vifs débats et se heurte aux réserves de Moynier. Accepté à une courte majorité, il traduit néanmoins une conviction profonde: dans un pays rarement confronté à la guerre, une Croix-Rouge cantonnée au seul domaine militaire risquerait de rester lettre morte. Mieux vaut alors ancrer ses activités de secours dans la réalité sociale du pays.

Général Guillaume Henri Dufour
La CRS est fondée à Berne en 1866, dans la salle du Conseil des Etats à l’époque située dans l’actuelle aile ouest du Palais fédéral (bâtiment en haut à dr.). La photo a vraisemblablement été prise en 1864 de la tour de Saint-Christophe, qui a été démolie peu de temps après. A gauche de l’aile ouest se dresse aujourd’hui le bâtiment du Palais fédéral avec sa coupole verte.

La CRS est fondée à Berne en 1866, dans la salle du Conseil des Etats à l’époque située dans l’actuelle aile ouest du Palais fédéral (bâtiment en haut à dr.). La photo a vraisemblablement été prise en 1864 de la tour de Saint-Christophe, qui a été démolie peu de temps après. A gauche de l’aile ouest se dresse aujourd’hui le bâtiment du Palais fédéral avec sa coupole verte.

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