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Chaque degré compte

Le module Hypothermie de la SSS apprend aux nageurs sauveteurs à maîtriser le sauvetage en eau glaciale ainsi qu’à tenir compte de leurs propres limites. Outre ’enseignement théorique, le cours inclut aussi une approche pratique avec une immersion en eau froide. Comment nage-t-on dans une eau à 6 ºC?

L’eau froide : risques et chances
Le module Hypothermie de la SSS (du grec hypo = sous et thermie = température) initie les nageurs sauveteurs aux effets de l’eau froide sur l’organisme et leur permet d’en faire l’expérience par eux-mêmes. Le froid induit une diminution rapide des capacités physiques, dont une perte de la motricité fine. Si les hypothermies sévères peuvent conduire à la mort, toutes ne s’avèrent pas fatales. Ainsi une victime de noyade en hypothermie a-t-elle pu être sauvée sans séquelle après 45 minutes de réanimation.

Nous n’avons jamais eu de conditions météo aussi lamentables qu’aujourd’hui!» Le commentaire de l’instructeur Gérald Quiquerez tétanise les participants, qui semblent se demander dans quelle galère ils ont bien pu s’embarquer… Gérald les rassure immédiatement: «A vrai dire, c’est bien la première fois que ce cours se déroule dans un contexte aussi clément. La température de l’eau s’élève à 6,6°C, celle de l’air, à 12°C. Et croyez-moi, à ces températures, chaque degré compte!» Cette formation de la Société Suisse de Sauvetage (SSS) vise à permettre l’acquisition d’une expérience du sauvetage en eau froide. Or en eau glaciale, les capacités physiques diminuent très vite. Gérald place la barre haut: «Aujourd’hui, vous apprendrez à connaître vos limites. Et je peux vous garantir que vous les atteindrez rapidement!» Quelques rires fusent dans l’assistance, mais l’appréhension des participants est palpable.

L’immersion en eau froide

Le groupe quitte la salle de cours bien chauffée pour rejoindre les berges du lac de Zurich. Sabrina ouvre le bal. «J’envoie toujours une femme en premier, ainsi les hommes n’osent plus reculer», explique Gérald en riant. Vêtue d’un jean et d’un pull, Sabrina s’immerge vaillamment dans l’eau froide. Il importe à l’instructeur que les conditions de cours se rapprochent le plus possible de la réalité. C’est pourquoi les participants n’ont pas quitté leur tenue de ville. Ce n’est que lorsque Sabrina se met à nager que l’on perçoit les efforts qu’il lui faut fournir. Elle progresse lentement, mais avec régularité. Postés sur la rive et dans l’eau, des assistants en combinaison de plongée suivent les opérations. Rien n’est laissé au hasard. Enfin arrivée à destination, Sabrina sort rapidement du lac, s’enveloppe dans une serviette et boit un bouillon chaud. «Jamais une distance de 60 m ne m’avait paru aussi longue! Heureusement que nous avions le vent dans le dos», témoigne-t-elle en frissonnant.

Un cours fondé sur l’expérience

Gérald a grandi à La Brévine, la «Sibérie de la Suisse». Il a conçu cette formation à la suite d’une grosse frayeur: «Je m’apprêtais à effectuer une plongée hivernale lorsque ma fille, qui avait alors 12 ans, a glissé d’une passerelle et est tombée dans le lac. J’ai eu toutes les peines du monde à la sortir de l’eau. L’idée s’est donc imposée d’elle-même: il fallait concevoir une formation dédiée au sauvetage en eau froide.» Il a ainsi développé le module Hypothermie en collaboration avec Severin Dünnbier, du club bavarois de sauvetage aquatique, et Andi Wechner, de la section SSS de Winterthur. Plus de 500 personnes ont déjà suivi ce cours unique en Europe. Les chiffres attestent de la pertinence d’une telle formation. En Suisse, la plupart des accidents de noyade se produisent dans des lacs et des rivières plus froids qu’une piscine chauffée. Les eaux suisses affichent en moyenne une température inférieure à 16°C sept mois par an, dont quatre où elles ne dépassent pas les 8°C.

Un second passage moins douloureux

Les participants doivent ensuite remorquer une personne située à 25 m du rivage. Tous sont cette fois beaucoup plus rapides. Leurs habits sont déjà mouillés et ils savent ce qui les attend. La tâche s’avère pourtant ardue. S’il leur serait aisé de couvrir cette distance en piscine, la température de l’eau du lac les confrontent rapidement à leurs limites. Les choses se corsent encore lors de l’exercice de plongée. Un apnéiste professionnel est descendu à 21 m de profondeur lors d’un test. «Trois ou quatre mètres constituent déjà une bonne performance », affirme Gérald. Sabrina descend à plus de dix mètres. De retour sur la rive, elle avoue qu’elle ne s’était pas attendue à accomplir l’exercice avec une telle facilité. Gérald affirme que son cours rend accro. Certains l’ont déjà suivi à trois reprises. L’eau froide, supposée activer les hormones du bonheur, serait-elle à l’origine de cet engouement? L’humeur des participants semble confirmer cette hypothèse: à l’issue de ces plongeons vivifiants, tous sont radieux.