Secours d’hiver en Moldavie

Sur le traîneau du père 2 x Noël

Bien souvent, la misère est plus cruelle encore à la mauvaise saison. La CRS s’engage donc dans plusieurs pays pour qu’un secours d’hiver soit offert à celles et ceux qui sont tout particulièrement exposés au froid. Par exemple en Moldavie, où, en ce mois de janvier 2018, le thermomètre a chuté sous les -15°C. Les plus démunis y mangent grâce à une soupe populaire financée à partir des dons en ligne recueillis par l’opération 2 x Noël.

A Cineseuti, 2600 habitants, dans le nord essentiellement agricole de la Moldavie, l’école est l’un des seuls bâtiments raccordé à l’eau et à l’électricité. C’est d’ailleurs la cantine scolaire qui abrite la soupe populaire mise en place par la commune avec l’aide d’une organisation locale et le soutien de la Croix-Rouge suisse (CRS). Ce matin, deux cuisinières ont préparé le repas – on n’attend plus que le cocher et son cheval, chargés de la distribution quotidienne. Aujourd’hui, l’équipage et son traîneau ont pris du retard: «J’ai dû tirer une voiture de la neige, mais maintenant, c’est parti!», nous explique Ivan Gorbatenkii.

Vera Banaga, 90 ans, vit sur une colline en périphérie du village. Pour gagner sa maison, il faut remonter à pied un sentier où l’on s’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux. C’est la première étape de la tournée. «Vera a toujours été aux avant-postes, plaisante Ivan. Elle était cheffe d’équipe dans le kolkhoze, et aujourd’hui, elle est la première servie.» Veuve depuis 38 ans, sans enfants, la vieille dame a aussi perdu son unique frère. Elle est seule et fragile, comme les 29 autres villageois livrés de janvier à avril dans le cadre de la soupe populaire.

Des conditions difficiles

Ces derniers temps, la météo donne des maux de tête aux membres de l’administration communale, comme nous l’explique Mariana Corcevoi, la maire du village: «La distribution a dû être annulée deux jours de suite, et hier, Ivan n’a fini sa tournée que dans la soirée à cause des mauvaises conditions de circulation.» Heureusement, l’intéressé connaît les 27 km du réseau de routes et de chemins comme sa poche. Et il le faut! Non seulement au cœur de l’hiver, mais aussi au printemps: quand la neige commence à fondre et qu’il troque son traîneau contre une calèche, Ivan est souvent obligé d’adapter son itinéraire.

Vera Banaga se dit très satisfaite des repas qui lui sont portés: «J’en ai largement assez pour tenir jusqu’au lendemain!» Les menus, élaborés par une nutritionniste, sont en effet complets – une soupe copieuse, de la bouillie de gruau avec de la viande ou du poisson, de la salade et du pain. En Moldavie, la nourriture a traditionnellement beaucoup d’importance, et Vera regrette l’époque où elle pouvait encore cuisiner: «Mes mains tremblent tellement que je n’arrive même plus à peler des patates.» Nostalgique, elle repense aux jours heureux, quand elle et son mari allaient de bal en bal et recevaient week-end après week-end de nombreux invités.

Vera a gardé toute sa tête et se réjouit toujours autant d’avoir des visiteurs. Clouée dans sa maison suite à diverses chutes et à une fracture fémorale, elle se désole de ne plus être sortie de ses quatre murs depuis maintenant un an et demi. En hiver, son rayon d’action est encore plus limité. Fuyant la pièce principale et la chambre à coucher, glaciales, elle ne quitte plus alors les quelques mètres carrés de l’entrée, seul endroit chauffé, où une cheminée, une table, une bouilloire et un lit ont tout de même réussi à trouver leur place. Heureusement, Ivan lui rentre à chaque fois quelques bûches avant de repartir, car le bois est stocké devant la maison. «J’aimerais bien avoir un chien ou un chat comme avant, pour me changer les idées. Mais je ne sais pas si j’aurais de quoi leur donner à manger… », soupire Vera, qui, outre les visites quotidiennes d’Ivan et un neveu qui passe de temps en temps, n’a guère d’autres distractions que la lecture du journal local et de textes religieux.

Un réseau pour le troisième âge

La Moldavie est saignée par l’émigration. Il n’est pratiquement pas une famille qui n’ait au moins l’un de ses membres à l’étranger. Près du quart des 3,5 millions de Moldaves sont ainsi partis travailler dans un autre pays, d’où ils soutiennent financièrement leurs proches restés sur place. Ceux en revanche qui ne peuvent compter sur un tel coup de pouce sont souvent très exposés. Bien des personnes seules et dont les frais de santé sont élevés, comme Vera Banaga, auraient le plus grand mal à joindre les deux bouts si elles n’avaient d’autre recours que leurs maigres rentes. Les soupes populaires soutenues par la CRS avec l’argent collecté dans le cadre de 2 x Noël leur permettent de s’alimenter régulièrement et sainement. D’autres programmes de la CRS contribuent à améliorer les conditions de vie des personnes âgées et malades. C’est le cas par exemple de l’action «Casa Curata», qui joint l’utile à l’agréable, à savoir la proverbiale hospitalité moldave: le jour J, des bénévoles rendent visite à des seniors vulnérables et leur font le ménage tout en s’occupant des personnes invitées par ces derniers.

Cet hiver, dix communes moldaves recevront comme Ciniseuti un soutien à l’organisation de soupes populaires. Mais le secours d’hiver de la CRS s’étend aussi à d’autres pays: à l’Arménie, où des personnes âgées se voient distribuer repas chauds et colis alimentaires, à la Bosnie-Herzégovine, où des contributions financières sont versées aux plus démunis, au Kirghizistan, où un millier de familles reçoivent des colis alimentaires et des bons d’achat et, enfin, au Liban, où 950 familles bénéficient d’allocations d’espèces et de bons pour du mazout.