Soigner les mères et leurs nourrissons

Sensibilisation des hommes et sécurisation des naissances

Dans le sud du Pakistan, la Croix-Rouge suisse (CRS) œuvre à la promotion de la santé maternelle et infantile. Avec un souci prioritaire: améliorer la sécurité des naissances. Grâce à un effort de sensibilisation dans les villages, les hommes deviennent eux aussi favorables à la prise en charge hospitalière des parturientes.

De sourds gémissements s’échappent de la salle de travail. Les contractions ont commencé. Auprès d’Amina, sa belle-mère, qui lui tient la main pour la réconforter. Elles ont gagné à temps l’hôpital de Kanan Nathan Shah, dans le district méridional de Dadu, accompagnées de la mère d’Amina, de la sage-femme traditionnelle et de quelques hommes.

Le quatrième enfant d’Amina sera le premier à naître à l’hôpital. Les autres ont vu le jour à la maison – le troisième dans des conditions difficiles, au lendemain des grandes inondations de l’été 2010.

La famille, qui avait alors perdu toutes ses possessions, avait heureusement pu s’aménager un petit abri grâce à l’aide immédiate de la CRS. Depuis, la maison est de nouveau habitable. Seules des toilettes doivent encore être installées. Le mari d’Amina va s’atteler à la tâche. Comme tous les propriétaires relogés, il doit participer activement aux travaux.

De plus en plus d’hommes donnent à leur femme les moyens d’accoucher à l’hôpital. 

«Oui, je suis informé»

«Mon fils tenait à ce que sa femme accouche cette fois à l’hôpital», souligne la mère du mari d’Amina. «Oui, je suis informé», renchérit ce dernier avec fierté. Son voisin, dont la femme a eu un enfant ici un mois plus tôt, lui a dit que l’hôpital disposait d’un bon médecin, de sages-femmes qualifiées et de tous les médicaments utiles.

Les opérations de sensibilisation conduites par la CRS en milieu rural commencent à payer. De plus en plus d’hommes donnent à leur femme les moyens d’accoucher à l’hôpital. Malgré une forte mortalité maternelle et infantile, la question était jusque-là entourée de tabou dans cette société traditionnelle. L’accouchement à la maison comporte des risques élevés, notamment à cause de l’insalubrité qui sévit dans les villages pauvres de Dadu.

Une heure après la naissance, le mari est pressé de partir.

Suivi post-partum au village

Le père trépigne d’impatience pendant que le Dr Mumtaz et la sage-femme s’occupent d’Amina. Au bout d’une attente étonnamment brève, un vagissement retentit: une petite fille est née!

Amina sourit, reconnaissante et épuisée. Mais aucun repos ne lui est accordé. A peine une heure s’est écoulée que son mari veut hâter le départ. La nuit va bientôt tomber et les autres enfants attendent à la maison. La sage-femme prend congé du petit groupe, qui s’apprête à rentrer à pied. Elle contactera sa consœur, qui travaille dans un dispensaire proche du village d’Amina. Celle-ci se rendra régulièrement au domicile de la jeune mère pour contrôler son état.

Le droit de chacun à des soins gratuits

Depuis avril 2012, la CRS intervient dans le district de Dadu en faveur de la santé maternelle et infantile. Conjointement avec deux partenaires locaux, elle a remis en service cinq dispensaires et un hôpital. La formation du personnel ainsi que la garantie de la qualité des prestations font partie intégrante de son programme.

L’hôpital enregistre désormais plus d’une centaine de naissances par mois. En cas de complications nécessitant une césarienne, le transport des parturientes à l’hôpital de district est assuré par un réseau d’ambulances performant. Outre ces prestations, il importe à la CRS de renforcer les structures communales locales et d’informer les habitants de leur droit de recourir gratuitement aux services de santé étatiques – pour les encourager à faire valoir leur droit à la santé.