Grandir en bonne santé

Eau et hygiène au Laos

Bay Peteda et Kiu, sa fille de cinq ans, aiment se rendre à l’un des six points d’eau mis en place par la Croix-Rouge suisse pour les 60 familles de Houay Khen. Le soulagement est particulièrement manifeste chez les mères, qui craignaient pour la vie de leurs enfants.

Une heure de navigation sur le fleuve, suivie de deux heures de marche dans une chaleur extrême: le chemin qui sépare Nong Khiew, le centre régional, de Houay Khen s’enfonce dans les profondeurs de la campagne laotienne. Entre champs de tabac, plantations de caoutchouc, rizières et prairies foisonnant de papillons, le paysage est idyllique. Mais sur les versants des montagnes, le spectacle est tout autre: la forêt fait place à de vastes surfaces calcinées, blessures ouvertes par brûlis, une technique utilisée par les petits paysans pour étendre leurs terres cultivables dans ces zones étriquées et difficiles d’accès. Malgré sa brutalité, la méthode reste usuelle au Laos, même s’il est désormais avéré que la destruction des forêts conduit à l’érosion des sols et, en fin de compte, au tarissement des sources. En effet, les paysans n’ont souvent pas d’autre choix s’ils veulent assurer la survie de leur famille.

«La situation est bien meilleure qu’il y a deux ans.»

Un village d’un autre siècle

Plus loin dans la vallée, nous parvenons finalement à Houay Khen, qui semble sortir tout droit d’un autre siècle: des maisons de bois sur pilotis recouvertes de paille ou de bambou, quelques poules, des chiens impassibles somnolant à l’ombre. Les habitants ne tardent pas à se précipiter à notre rencontre. Il faut dire que les visites sont rares dans ce village isolé qui ne figure sur aucune carte.

Bounchan Pehetsonda, le chef du village, nous souhaite la bienvenue dans la bonne humeur: «La situation est bien meilleure qu’il y a un ou deux ans», explique-t-il avec fierté après nous avoir invités à prendre place en demi-cercle sur une natte de riz. «Certes, l’électricité n’est pas près d’arriver, et l’absence de route pose un énorme problème de ravitaillement; mais l’essentiel, c’est que nos enfants tombent moins souvent malades et que le village a gagné en propreté.» 

Les diarrhées, une menace pour les enfants

D’après lui, les latrines et le système d’approvisionnement en eau mis en place avec l’aide de la CRS ont largement concouru à l’amélioration des conditions de vie. Les villageois disposent enfin d’eau potable grâce aux fontaines installées à proximité de leur maison. Auparavant, ils puisaient leur eau dans le fleuve souillé par le bétail et aussi du fait de l’absence d’installations sanitaires.

Les affections diarrhéiques étaient alors monnaie courante. Affaiblissant les personnes touchées, elles représentent un danger mortel pour les enfants, moins résistants. Parmi eux, à l’échelle du pays, trois sur cinquante meurent avant l’âge de cinq ans, principalement en raison de la mauvaise qualité de l’eau de boisson. Un chiffre nettement plus élevé dans les campagnes, où l’accès à la santé et à l’eau est bien plus difficile qu’en ville.

Six points d’eau pour 60 foyers

Nous visitons la soixantaine de maisons que compte le village en compagnie de son chef. Les rues, escarpées, sont remarquablement propres. Ni excréments, ni détritus – il faut dire qu’ici, les biens de consommation sont rares. En quelques mois, six points d’eau alimentés par un réservoir situé en contre-haut du village ont été installés. Une conduite les relie à une source d’eau potable à trois kilomètres de là.

«Avant même le début des travaux, la Croix-Rouge nous a sensibilisés à l’importance d’une bonne hygiène et aux gestes que chacun peut réaliser au quotidien», indique Bounchan Pehetsonda, qui admet toutefois que l’utilisation des latrines a de la peine à s’imposer. D’où l’importance, à ses yeux, de la poursuite du travail de sensibilisation mené par la Croix-Rouge: «Seuls deux tiers des habitants utilisent régulièrement les installations sanitaires. De nombreux hommes estiment qu’il est plus pratique d’aller faire ses besoins dans la forêt environnante.»

«Maintenant, c’est bien plus commode»

Un véritable plaisir

A l’un des points d’eau, nous tombons sur Bay Peteda et Kiu, sa fille de cinq ans. Mère de deux enfants, Bay partage avec son mari et ses beaux-parents une modeste maison de bois à côté du point d’eau. «C’est un véritable plaisir de pouvoir puiser de l’eau potable à deux pas de chez soi», relève-t-elle. Auparavant, elle devait se rendre jusqu’à six fois par jour au fleuve, situé à 20 minutes de marche. «Maintenant, c’est bien plus commode», estime-t-elle en actionnant énergiquement la pompe pour remplir à moitié son seau. Tandis que Bay frotte et essore son linge sale avec rapidité et savoir-faire, sa fille se lave la tête gaiement en laissant l’eau fraîche s’écouler sur ses épaules. L’eau: non seulement élixir de vie, mais aussi source de fraîcheur et de plaisir.