Magazine de la jeunesse ready for red cross

Le charme africain face à la démence

Originaire du Soudan du Sud, Mawit Deng-Chadar est une personne engageante, pleinement investie dans son activité d’auxiliaire de santé CRS. Enthousiaste et parfois critique, elle témoigne à Ready for Red Cross de ses expériences avec ses collègues et ses patients.

Les auxiliaires de santé CRS constituent l’une des principales catégories de personnel dans les soins. Chaque année, quelque 4000 personnes obtiennent le certificat. Dispensée par les associations cantonales de la Croix-Rouge (AC CR), la formation se compose de deux modules de 60 heures chacun, portant entre autres sur les soins corporels, la communication et certains tableaux cliniques. Nombre d’AC CR dispensent cet enseignement théorique sous la forme d’un module à 120 heures. Un stage d’une durée minimum de 12 jours est en outre obligatoire. Pour être admis à la formation, il faut avoir 18 ans révolus et une maîtrise du français correspondant au moins au niveau B1.
Cette formation permet à nombre de migrantes d’accéder à un emploi dans le domaine de la santé. Quant aux personnes qui ont suivi une formation à l’étranger dans ce secteur, elles peuvent la faire valider auprès de la CRS. Celle-ci procède en effet à la reconnaissance de titres étrangers sanctionnant des formations à des professions non universitaires de la santé (assistant-e en soins et santé communautaire, infirmier/-ère, physiothérapeute, etc.), à laquelle sont conditionnés l’exercice professionnel et l’accès à des formations continues en Suisse.

Comment as-tu eu vent du cours d’auxiliaire de santé CRS?

Mawit: Il y a 17 ans, je me suis occupée d’une voisine sur une base régulière. Quand son état s’est dégradé, le service local d’aide et de soins à domicile m’a conseillé de m’y inscrire. Alors titulaire d’un permis B, j’ai eu la chance d’obtenir un financement de la Croix-Rouge, au titre de l’aide à l’intégration. Je n’aurais pas pu suivre le cours sinon: j’élevais mes enfants seule et le plus jeune n’avait que 2 ans.

Qu’as-tu appris grâce au cours d’auxiliaire de santé CRS?

Soucieuse de continuer à apprendre, j’ai suivi d’autres cours et perfectionnements de la Croix-Rouge suisse

Mawit: J’ai beaucoup appris sur l’intervention auprès des personnes âgées et sur les choses auxquelles il faut veiller avec elles. Par exemple, à un âge avancé, la sensation de soif est diminuée et le risque de déshydratation réel. C’est pourquoi j’apporte toujours de l’eau dans les chambres ou, le soir, un sirop dilué. La prise d’une boisson sucrée avant la nuit aide nombre de résidants à dormir. (rires)
Grâce au cours, j’ai appris à aider les résidants à s’alimenter ou à faire leur toilette, à les accompagner au WC et même à préparer une soupe.
Soucieuse de continuer à apprendre, j’ai suivi d’autres cours et perfectionnements de la CRS (Croix-Rouge suisse). Je me suis parfois entraînée à la maison sur mes enfants à positionner un patient ou à refaire un lit occupé.

Quelles sont les limites de ton intervention au quotidien? Quelles tâches es-tu habilitée à prendre en charge? 

Mawit: Mes attributions en tant qu’auxiliaire de santé CRS sont claires et je ne dois pas les outrepasser. Au quotidien, il m’arrive de devoir me défendre et rappeler mes limites, par exemple quand on me demande de couper les ongles d’une femme diabétique: en raison des problèmes de cicatrisation dus au diabète, cette tâche est réservée aux infirmiers diplômés. Je n’ai pas non plus le droit d’administrer des médicaments. Dans les situations de stress, il est difficile de s’en tenir à ses attributions. Surtout que j’aimerais épauler davantage le personnel soignant qualifié…

Y a-t-il une spécificité liée à tes origines africaines dans ta façon d’intervenir?

Mawit: Mes origines ont déterminé une certaine approche des personnes âgées. Au Soudan du Sud, il serait inconcevable de confier ses parents à un EMS. Au contraire, être élue parmi ses frères et soeurs pour s’occuper des parents à domicile est un honneur et un privilège.

Est-ce que tu peux recommander la formation d’auxiliaire de santé CRS?

C’est un bon moyen de s’intégrer en Suisse, de se réinsérer dans la vie active et de s’assurer un revenu.

Mawit: Absolument! Le cours est vraiment adapté à des personnes dans ma situation: des mères qui élèvent leurs enfants seules, qui ont une expérience concrète de la vie et sont habituées à se lever au beau milieu de la nuit parce que leur enfant se réveille. Autrement dit des personnes habituées à s’occuper d’autrui. La formation permet de s’initier à la pratique des soins et de travailler d’emblée de façonautonome. C’est un bon moyen de s’intégrer en Suisse, de se réinsérer dans la vie active et de s’assurer un revenu.
Je conseille toutefois à ceux qui sortent de l’école de faire une formation professionnelle. Je constate que les jeunes qui ont suivi le cours sont souvent dépassés et ont besoin d’un trop grand encadrement. Les patients sentent leur manque d’assurance. Cela crée une insécurité qui peut être source de problèmes.