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Intégrer les réfugiés traumatisés sur le marché du travail

Comment faciliter l’accès à l’emploi des réfugiés traumatisés? Quelles sont les conditions propres à assurer une bonne collaboration? A quoi l’employeur doit-il tout particulièrement veiller? Retour sur les conclusions et les recommandations qui se sont dégagées le 6 décembre 2018 de la Conférence nationale du groupement «Support for Torture Victims». Les organisateurs s’accordent sur la nécessité d’un rapprochement entre les différents acteurs.

Groupement «Support for Torture Victims»
Le groupement se compose de cinq structures spécialisées dans la prise en charge des traumatismes chez les réfugiés vivant en Suisse. Il offre un cadre à une collaboration interinstitutionnelle qui contribue à renforcer les échanges professionnels et à sensibiliser le grand public aux besoins des réfugiés traumatisés.
 

Selon des études, 50% des réfugiés présentent des troubles post-traumatiques. Or il est avéré que des séquelles traumatiques peuvent entraver l’insertion professionnelle et sociale. S’il est probable que ces difficultés d’intégration ont un impact négatif sur l’état de santé des personnes concernées, des perspectives professionnelles peuvent les aider notablement à surmonter des expériences traumatiques. Le retard ou l’absence de prise en charge de séquelles traumatiques ainsi qu’un déficit d’intégration professionnelle et sociale sont sources non seulement d’une souffrance personnelle importante chez les réfugiés concernés, mais aussi de coûts sanitaires et sociaux élevés pour toute la société. 
Voici sept mesures propres à favoriser l’intégration des réfugiés traumatisés sur le marché du travail: 

  1. Collaboration intersectorielle renforcée: des échanges réguliers entre tous les acteurs concernés de la santé, du social, de l’économie et de la formation s’imposent.
  2. Suppression des barrières administratives et réglementaires pour les employeurs: il convient de remédier dans les meilleurs délais aux contraintes bureaucratiques qui pèsent sur l’embauche de personnes disposant d’un permis N ou F dans les différents cantons. 
  3. Offre d’information destinée aux employeurs: un «guichet unique» – c’est-à-dire une instance tenant lieu d’interlocuteur aux employeurs – doit être désigné dans chaque canton. Création d’une plateforme d’information nationale, organisation de manifestations d’information cantonales, élaboration de guides sur les conditions d’engagement applicables aux réfugiés et interventions sur les traumatismes auprès des employeurs et de leur personnel sont autant d’autres options à examiner. 
  4. Dispositifs incitatifs à l’intention des employeurs: afin de compenser le surcroît de travail requis dans les premiers temps par l’initiation, l’engagement et la formation d’un réfugié, des incitations financières en direction des employeurs doivent être créées.
  5. Inscription du thème du traumatisme dans l’Agenda Intégration Suisse: une place de premier plan doit être réservée aux traumatismes et aux spécificités de l’intervention auprès des réfugiés traumatisés dans la mise en œuvre des mesures découlant de l’Agenda Intégration Suisse.
  6. Développement des activités intégratrices: il convient d’investir dans des programmes d’intégration cantonaux prévoyant un suivi par des coaches en emploi intervenant comme des relais entre les réfugiés concernés et les acteurs économiques. Les offres existantes en matière de promotion de l’intégration ainsi que les cours de langue doivent être adaptés aux besoins spécifiques et aux déficits des réfugiés traumatisés.
  7. Développement des offres thérapeutiques spécialisées pour réfugiés traumatisés: les structures existantes de prise en charge des traumatismes sont loin de répondre aux besoins. Afin d’assurer aux réfugiés traumatisés un diagnostic et un traitement à la fois professionnels et précoces, il est nécessaire de créer et de financer de nouvelles places dans des centres spécialisés. Il convient en outre d’obtenir le financement par les caissesmaladie et/ou les pouvoirs publics de l’interprétariat communautaire.