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Meditrina - des soins médicaux de base pour tous

Au coeur de la ville de Zurich, l’AC CR zurichoise gère un cabinet médical dédié aux personnes qui ont difficilement accès au système de santé. Consultations, conseils, médicaments et tests de dépistage rapide du VIH sont dispensés gratuitement et en toute confidentialité aux patients.

A Berne, la Croix-Rouge suisse gère le Service ambulatoire pour victimes de la torture et de la guerre. Outre l’assistance médicale, psychiatrique et psychologique apportée aux réfugiés traumatisés et à leurs proches, cette offre multilingue inclut de la physiothérapie ainsi que des thérapies corporelles et des thérapies par le mouvement. Un accompagnement et une aide sociale sont aussi proposés aux patients qui, pour diverses raisons, ne peuvent bénéficier de soins adéquats dans les structures ordinaires du système de santé. A Saint-Gall, le centre médical Gravita propose une offre thérapeutique aux réfugiés traumatisés. Exploité par l’association saint-galloise des présidentes et présidents de communes, ce centre bénéficie du soutien de l’AC CR locale.

Dans le parc public de Schindlergut, situé dans le sixième arrondissement de Zurich, se dresse une villa du XIXe siècle flanquée de ses annexes. Ce bâtiment séculaire abrite différents services et bureaux de l’AC CR zurichoise, dont un cabinet médical au bénéfice d’une autorisation cantonale. Nommée «Meditrina» d’après une déesse romaine de la santé, cette permanence médicale accueille tous ceux qui ont difficilement accès au système de santé. Sa clientèle se compose en grande partie de sans-papiers, c’est-àdire de personnes dépourvues de titre de séjour légal.

«La plupart vivent dans la clandestinité par crainte d’être repérées et expulsées du pays. Cela explique pourquoi beaucoup ne vont pas chez le médecin, même en cas de problèmes de santé grave.»

Selon les estimations du centre d’accueil pour sans-papiers de la ville de Zurich, le canton compte quelque 20 000 personnes dans cette situation. La plupart vivent dans la clandestinité par crainte d’être repérées et expulsées du pays. Cela explique pourquoi beaucoup ne vont pas chez le médecin, même en cas de problèmes de santé graves, ainsi qu’en témoigne Linda Stoll, infirmière et responsable du projet Meditrina. Ce cabinet médical, repris en 2010 par l’AC CR zurichoise à la suite de Médecins Sans Frontières, n’est toutefois pas réservé aux urgences. «Nous faisons aussi office de médecin de famille», indique Linda Stoll. Certains patients sont ainsi des clients réguliers depuis la fondation de Meditrina en 2006. Le cabinet propose des consultations trois jours par semaine ainsi qu’un service de traduction en cinq langues, même si nombre de patients viennent accompagnés d’une personne qui joue le rôle d’interprète. Et il est même arrivé de recourir à Google Translate pour un patient géorgien, relate l’infirmière. Ce der-nier, qui souhaitait conserver l’anonymat, avait en effet refusé l’assistance des deux seuls interprètes de la ville en mesure d’assurer une traduction dans sa langue.

Une offre de premier recours

Meditrina est géré en binôme par l’infirmière Linda Stoll, qui assume aussi le pilotage du projet, et le médecin au nom duquel le cabinet est enregistré. Linda Stoll, qui a travaillé auparavant pour Médecins Sans Frontières et comme déléguée du CICR, estime que son travail lui permet de tirer le meilleur des expériences professionnelles et des compétences interculturelles acquises dans le cadre de ses missions à l’étranger. Elle mévoque par ailleurs sa confrontation personnelle avec des problèmes propres à la Suisse, qui sont liés aux structures et au contexte politique du pays et constituent autant d’obstacles auxquels se heurte tous les jours son engagement en faveur des personnes exclues du système de santé.

«Nous faisons aussi office de médecin de famille»

Meditrina se conçoit comme une offre de premier recours. Outre le service de conseils et de consultations, ses prestations incluent la délivrance de médicaments et des tests de dépistage rapide du VIH. Lorsque des diagnostics ou des traitements plus poussés s’avèrent nécessaires, les patients sont orientés vers les spécialistes d’un réseau de médecins, de dentistes et de psychiatres, qui prennent alors la relève en garantissant tarifs avantageux et confidentialité.

Caisses-maladie et frais

En Suisse, les caisses-maladie sont en théorie juridiquement tenues d’admettre les sans-papiers dans l’assurance obligatoire des soins, mais dans la pratique, ceux-ci n’y ont souvent pas accès pour diverses raisons. Tandis que des caisses refusent de les assurer en dépit du devoir légal d’admission, certains sans-papiers redoutent de ne pouvoir s’acquitter des primes élevées ou s’abstiennent de souscrire une assurance par crainte d’être repérés par les autorités. Meditrina assume ainsi souvent tout ou partie des frais et ce, même pour les traitements plus poussés.

Le travail mené par Meditrina est fondé sur la confiance, et les examens médicaux sont systématiquement accomplis avant d’aborder la question de la caisse-maladie. Les patients n’ont aucun formulaire d’admission à remplir et peuvent conserver l’anonymat s’ils le souhaitent. Meditrina leur garantit un cadre sécurisant et la possibilité de bénéficier de soins sans formalités administratives et indépendamment de leur statut de séjour.