Kirghizistan

Un pays aux multiples facettes

Mal connu, le Kirghizistan est le pays des catastrophes oubliées. Peu densément peuplé, il recèle des paysages de montagne magnifiques qui ne sont pas sans rappeler la Suisse.

Des paysages grandioses de cols spectaculaires, de torrents de montagne, de neiges éternelles – et au printemps, les bergers mènent leur bétail sur l’«alpage», le haut plateau. Serait-on au pays de Heidi? Non, au Kirghizistan, pays cinq fois plus grand que la Suisse et qui compte seulement deux tiers de la population helvète.

«On qualifie souvent notre pays de Suisse de l’Asie centrale, même si dans nombre de domaines, nous sommes évidemment en retard», déclare Elzat Mamutalieva, coordinatrice pays de la Croix-Rouge suisse (CRS) et elle-même kirghize. Ce jeune Etat, indépendant depuis l’effondrement de l’URSS en 1991, a traversé une série d’épisodes de turbulences politiques. Le chômage élevé, le manque d’infrastructures et la faiblesse des structures étatiques notamment expliquent pourquoi plus d’un tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Hormis dans les grandes villes, la plupart n’ont pas l’eau courante. Les routes, criblées de nids-de-poule, sont souvent impraticables en hiver.

Catastrophes oubliées

Le Kirghizistan est touché par des catastrophes naturelles à répétition. Situé dans une zone tectonique active, il est régulièrement touché par des séismes, tels ceux qui, en 2016 et 2017, ont frappé le sud du pays, faisant plusieurs victimes et des dégâts considérables. En 2008, une secousse de magnitude 6,6 a tué au moins 72 habitants d’un village de montagne.

L’eau est aussi un danger récurrent. Chaque printemps, la saison de la fonte des neiges coïncide avec des pluies abondantes. Résultat: les inondations menacent les vallées. Le changement climatique accentue encore ce phénomène. Les quelque 2200 glaciers du pays sont en net recul du fait du réchauffement de la planète.

Faute de moyens suffisants pour répondre aux besoins immenses, l’autorité étatique responsable de la gestion des catastrophes concentre son action sur les régions du sud les plus durement frappées par les éléments – notamment par des séismes. Elle néglige ce faisant les régions confrontées de façon récurrente à des épisodes de moindre intensité et qui n’attirent pas l’attention des principaux médias. Or ces catastrophes menacent les familles sinistrées jusque dans leur vie. Talas est une de ces régions oubliées. La CRS et le Croissant-Rouge kirghize y interviennent et aident les populations à se protéger des aléas de la nature et à se préparer à réagir en cas d’urgence.

Programme multidisciplinaire de la CRS

Dans une autre région, la CRS et le Croissant-Rouge kirghize ont lancé en début d’année un programme de soins ophtalmologiques. Auparavant, il fallait parcourir jusqu’à 300 kilomètres pour se rendre chez l’ophtalmologue le plus proche – une distance qui privait d’office les plus démunis de soins. Le pays accuse aussi des retards dans l’activité transfusionnelle. A cet égard, la CRS s’est associée au ministère de la santé et à sa Société sœur pour mener des campagnes de don du sang.

A Bichkek, la capitale, la CRS participe à la création d’un service de soins à domicile et soutient des initiatives d’entraide à l’intention des personnes âgées. Dans les régions urbaines, où la cohésion familiale ne fonctionne plus – les jeunes partant travailler ailleurs –, les personnes âgées sont souvent livrées à elles-mêmes. «Nous veillons à toujours associer les autorités à notre planification, car le but est de combler les lacunes et de venir en aide aux plus vulnérables», souligne Elzat Mamutalieva. Pendant douze ans, elle a travaillé à l’étranger pour la Croix-Rouge. Aujourd’hui, à 38 ans, elle est de retour dans son pays d’origine. «C’est un privilège d’intervenir dans mon propre pays pour le compte de la CRS. Les gens veulent aller de l’avant et prendre leur destin en main. Quoi de mieux que de les aider dans cette voie?»