«La Chaise rouge»

Sur un pied d’égalité

Dans le canton de Vaud, le projet «La Chaise rouge» permet depuis cinq ans à des personnes en situation de handicap de s’adonner à des activités qui leur tiennent à cœur en compagnie de bénévoles de la Croix-Rouge. Portrait de deux amies qui se rencontrent régulièrement.

Après cinq ans d’existence, «La Chaise rouge» continue de répondre à des besoins importants. En 2017, pas moins de 2879 heures d’accompagnement ont été assurées lors de sorties à la piscine, au cinéma ou au théâtre, mais aussi dans le cadre d’activités sportives. Les bénévoles intéressés par un engagement reçoivent une formation centrée sur l’accompagnement, la relation et la prévention des risques d’accident.

«Etre ensemble» – voilà en résumé ce qui, de l’avis de Lucie Müller, fait tout le charme de «La Chaise rouge». Souvent, Lucie se promène au bord du lac Léman en compagnie d’Alice Moroni, bénévole de la Croix-Rouge. Cela fait maintenant quatre ans que les deux amies se retrouvent régulièrement pour pique-niquer dans un parc, musarder en ville ou arpenter les rives du lac. Et, bien sûr, pour rire et bavarder.

Il arrive aussi qu’un petit cercle d’amies se réunisse pour cuisiner: «Nous nous sommes bien réparti le travail, précise Lucie. Elles cuisinent, et moi, je mange». La mince jeune femme à l’humour pince-sans-rire est handicapée moteur cérébrale. Elle profite pleinement de chaque instant passé avec Alice: «A part moi, dans le quartier, il n’y a que des personnes âgées, et c’est vrai que je n’ai pas beaucoup d’amis.»

Pour Alice cependant, tout n’a pas toujours été simple. Il lui a d’abord fallu apprendre son rôle d’accompagnante. «Au début, je n’étais pas trop à l’aise, se souvient-elle. Je ne savais pas comment m’adapter aux besoins de Lucie. Lors de l’une de nos premières sorties, alors qu’il pleuvait, j’ai voulu par exemple tenir le parapluie tout en poussant le fauteuil… La réaction ne s’est pas fait attendre: ‘Pas la peine de te fatiguer, je ne suis pas en sucre.’»

Lucie, 26 ans, n’a pas envie qu’on la dorlote. Elle dit même ne pas supporter les gens qui se comportent avec elle comme avec une enfant: «Je veux être traitée sur un pied d’égalité.» Impossible de ne pas ressentir chez elle cette volonté de tous les instants, couplée à un bouillonnement créatif intense. Très active, Lucie publie régulièrement de nouvelles contributions sur son blog «Derrière le mur», et elle a déjà participé à l’écriture de trois recueils de poésie.

Alice trouve que ces rencontres lui apportent énormément. «Mon rapport aux personnes handicapées a beaucoup évolué. De plus, cet engagement est source d’une grande satisfaction personnelle. J’ai le sentiment d’être utile à la société.» Une chose cependant est à ses yeux plus importante que tout le reste: «Nous sommes liées par une amitié pure, sans aucune arrière-pensée. C’est beau, tout simplement.»