tiré de ready for red cross

Pour l’interdiction des armes nucléaires

Le 7 juillet 2017, 122 Etats membres des Nations Unies ont adopté à New York le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Un jalon important pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui s’engage pour une interdiction depuis plus de 70 ans. Mais le combat n’est pas terminé. Qu’en est-il en Suisse?

de Nathalie Schenker

Après que la bombe atomique «Little Boy» a été larguée sur Hiroshima le 6 août 1945, des représentants de la Croix-Rouge japonaise se sont rendus sur place pour secourir des milliers de personnes blessées par l’explosion ou le rayonnement radioactif, s’exposant eux-mêmes à un grand danger. La bombe a rayé la ville de la carte, fait des dizaines de milliers de victimes, détruit des établissements médicaux et produit des effets catastrophiques sur les survivants. Un mois seulement après la tragédie, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) appelait à interdire les armes nucléaires.

Aucune réponse malgré des conséquences catastrophiques

Non seulement les armes nucléaires ont des effets dévastateurs sur la santé de la population (brûlures graves, cancers, mutations génétiques héréditaires), mais elles ont aussi de nombreuses conséquences indirectes: dommages irréversibles à l’environnement, profondes modifications climatiques ou encore destruction de villages et de cultures. Il s’ensuit une pénurie de nourriture, de logements et de places de travail, ce qui entraîne des problèmes économiques et sociaux. Enfin, aujourd’hui encore, aucun pays ne sait comment réagir à une attaque nucléaire ni quelle aide humanitaire apporter dans une telle situation.

Que peux-tu faire?
A la suite de la décision du Conseil fédéral, ICAN Switzerland (branche suisse de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, qui s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix en 2017) a lancé une pétition en ligne exigeant du Conseil fédéral qu’il revoie sa position et «défende notre tradition humanitaire». Signe-la toi aussi et aide à récolter les signatures nécessaires!

Il existe déjà des traités internationaux qui limitent la possession d’armes nucléaires. Leur utilisation n’est toutefois pas prohibée. Des Etats et des ONG s’engagent ensemble pour obtenir leur interdiction totale. Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge exige lui aussi régulièrement que ces armes ne soient plus jamais utilisées et qu’elles soient proscrites par un traité international contraignant.

Cette campagne de mobilisation internationale a débouché l’an dernier sur l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), qui prohibe totalement les armes nucléaires et en reconnaît les conséquences et les risques humanitaires. Tous les Etats – indépendamment du fait qu’ils possèdent (encore) ou non des armes nucléaires – peuvent y adhérer. Un jalon important!

Il va de soi que cette convention ne fera pas disparaître toutes les armes nucléaires du jour au lendemain et que les grandes puissances ne renonceront pas aussi facilement à leur arsenal. Le TIAN vise plutôt à signaler à l’ensemble des Etats que ces armes ne sont plus tolérées. Tout comme les armes biologiques et chimiques, interdites déjà depuis longtemps. Les pays qui en possèdent encore sont considérés désormais comme des «Etats voyous». D’où la décision prise par la plupart d’entre eux d’y renoncer et de détruire leurs stocks.

Qu’en est-il en Suisse?

La Suisse s’engage elle aussi pour un monde exempt d’armes nucléaires. Elle joue un rôle décisif dans le domaine du désarmement nucléaire et de l’interdiction d’autres armes destructrices, faisant honneur à sa longue tradition humanitaire et au respect dont elle jouit en tant que dépositaire des Conventions de Genève.

En toute logique, la Suisse a voté en faveur du traité d’interdiction en juillet 2017. Mais, fait d’autant plus étonnant, en août 2018, le Conseil fédéral a décidé de ne pas signer le TIAN dans l’immédiat, expliquant dans un rapport détaillé qu’il approuve certes cette nouvelle interdiction, mais que les armes nucléaires pourraient un jour aussi être importantes pour la défense de la Suisse et contribuer à garantir la paix. La CRS déplore cette décision. Notre présidente, Annemarie Huber-Hotz, a dit sa déception et déclaré au journal Le Temps: «J’aurais été fière si le Conseil fédéral avait pris une décision plus courageuse.»

Heureusement, le Parlement ne partage pas le point de vue du Conseil fédéral. En juin 2018, le Conseil national a adopté une motion appelant ce dernier à adhérer au traiter. Si la Croix-Rouge est neutre et apolitique, elle n’en est pas pour autant contrainte au silence. Lorsque le Principe d’humanité est menacé, nous prenons position. Peu avant le vote au Conseil national, le président du CICR, Peter Maurer, et notre présidente ont ainsi appelé ensemble, dans plusieurs journaux de Suisse, à signer le traité. Ils ont exigé que «les citoyens et les responsables politiques de notre pays [se laissent] guider par notre tradition humanitaire et [n’oublient pas] l’espoir que cet instrument représente pour les générations futures.»

Pour que la motion soit définitivement transmise au Conseil fédéral, le Conseil des Etats doit également l’adopter. Il en aura la possibilité durant la session d’hiver du Parlement. La CRS s’engagera alors à nouveau, mènera des discussions et plaidera auprès de l’opinion publique et des responsables politiques pour que la Suisse, dans l’esprit de sa tradition humanitaire et en tant que berceau du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, envoie un signal fort et adhère au traité. Nous n’abandonnerons pas notre rêve d’un monde libéré des armes nucléaires.