150 ans après la 1ère Convention de Genève

Des défis immenses à relever

Message publié de Didier Burkhalter, président de la Confédération suisse et Annemarie Huber-Hotz, présidente de la Croix-Rouge suisse à l’occasion de la Journée mondiale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge du 8 mai 2014.

A Mogadiscio, une bombe explose lors d’une remise de diplômes de médecine. En Syrie, des hôpitaux sont régulièrement attaqués. Au Pakistan, des personnes qui vaccinent contre la polio sont agressées alors qu’en Centrafrique ce sont des postes de santé qui sont pillés…

Les attaques contre le personnel de santé et contre les installations médicales sont malheureusement devenues fréquentes dans les situations de conflits armés. Les conséquences de ces attaques sont souvent tragiques pour les acteurs de la santé, blessés ou tués alors qu’ils cherchaient à sauver des vies. Ces attaques ont aussi des conséquences incalculables à long terme sur la santé de milliers de personnes dans des régions entières et sur leur possibilité d’accéder aux services médicaux de base.

Il y a tout juste 150 ans était signée la première Convention de Genève. Son but était justement d’assurer la protection du personnel de santé, des hôpitaux et des ambulances lors de conflits. En été 1864, à l’initiative de Henry Dunant et du Comité international de la Croix-Rouge, fondé un an plus tôt, le Conseil fédéral suisse conviait onze gouvernements européens à un congrès international. Celui-ci déboucha, le 22 août 1864, sur l’adoption de la « Convention de Genève pour l’amélioration du sort des militaires blessés et des malades dans les armées en campagne ».

Cette toute première Convention de Genève représente à la fois la fondation sur laquelle a été bâti le droit international humanitaire et – avec la création du CICR un an auparavant - l’acte de naissance de la tradition humanitaire suisse. Cette première Convention de Genève établit l’obligation d’épargner et de protéger les soldats blessés et malades, sans distinction de nationalité. Pour protéger le personnel médical, la Convention instaure par ailleurs un emblème distinctif protecteur. Cet emblème s’inspire directement du drapeau suisse: ce sera une croix rouge sur un fond blanc.

Aujourd’hui, 8 mai, nous commémorons la journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Cette date coïncide avec le jour de la naissance de Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge. Afin de promouvoir ce projet, Henry Dunant avait suggéré de créer dans tous les pays des sociétés nationales. 150 ans plus tard, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge compte 189 sociétés nationales qui, comme la Croix-Rouge suisse, s’engagent pour secourir et assister les personnes les plus vulnérables dans le monde entier. Elles se basent sur sept principes qui doivent guider leur action : l’humanité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance, le volontariat, l’unité et l’universalité.

Ces sociétés nationales sont parmi les premières à s’engager pour secourir les victimes des conflits. Elles sont souvent aussi parmi les premières victimes des attaques contre des missions médicales. C’est notamment le cas en Syrie : depuis le début du conflit, plus de 30 employés et bénévoles du Croissant-Rouge syrien ont perdu la vie lors d’engagements humanitaires. Malgré la protection consacrée il y a 150 ans déjà, c’est la neutralité voire la possibilité même du secours médical qui sont, de plus en plus fréquemment, remises en question.

Cette évolution préoccupante est l’un des principaux défis que doivent affronter aujourd’hui le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ses sociétés nationales, sa Fédération internationale et, bien sûr, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). La responsabilité des Etats est engagée, car ce sont eux qui ont la responsabilité première de faire respecter les règles de protection du personnel médical et qui doivent veiller à ce que les agresseurs soient jugés et condamnés.

C’est pour stimuler le respect et l’application effective, sur le terrain, de ces règles du droit international humanitaire et pour renforcer la lutte contre l’impunité que la Suisse a lancé récemment, avec le CICR, une initiative diplomatique. Son objectif est de définir, au niveau des Etats, des moyens concrets qui permettent d’améliorer le respect effectif du droit huma-nitaire et de renforcer le dialogue international à ce propos. Cette initiative découle de la stra-tégie de la Confédération pour la protection des populations civiles, qui vise notamment un meilleur accès des acteurs humanitaires aux victimes des conflits.

Il est important que ce thème fasse l’objet d’une discussion entre Etats et d’une prise de conscience au sein de la Communauté internationale. C’est aussi l’objectif de la campagne intitulée « Halte à la violence contre les soins de santé », lancée par le Mouvement interna-tional de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, qui vise à sensibiliser les acteurs étatiques et les porteurs d'armes à leurs obligations.

Quant à la Confédération et à la Croix-Rouge suisse, elles ont établi de longue date un par-tenariat pour sensibiliser les acteurs suisses aux obligations qui découlent du droit humanitaire.

En ce 8 mai, journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous nous associons pour rappeler la mémoire de tous les acteurs de la santé victimes des conflits armés et pour appeler à une prise de conscience et à une amélioration effective du respect du droit international humanitaire sur le terrain. Comme le dit la campagne internationale de protection des missions médicales, c’est: « une question de vie ou de mort », c’est aussi une question de dignité de l’humanité.