Agir contre les caprices de la nature

Pour les enfants du Kirghizistan

Dans le nord-ouest du Kirghizistan, région frappée par des catastrophes naturelles à répétition, les écoliers apprennent à se mettre rapidement à l’abri et à dispenser les premiers secours. En 2015, ce cours d’eau a inondé presque la totalité du village où vivent la jeune Nurzat et sa mère, Jamilya Shadykanova. Entretemps, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge l’ont domestiqué et canalisé, construisant aussi le pont en dur sur lequel se tiennent les deux femmes. Jamais plus elles n’auront à craindre la montée des eaux mugissantes à leur porte.

Le voyage pour se rendre chez Nurzat est une véritable expédition. Depuis Bichkek, la capitale, il faut d’abord emprunter l’unique route à destination de la province de Talas. Puis passer deux cols à plus de 3000 mètres d’altitude, sillonner un haut-plateau où les bergers ont installé leurs yourtes et conduit leurs hardes de chevaux pour l’été, traverser des paysages lunaires entourés de neiges éternelles. Dans cette région magnifique, fleuves et rivières courent librement et se divisent en mille petits ruisseaux.

 

Nurzat Shadykanova a 14 ans et vit dans le petit village d’Ozgorush, dans le nord-ouest du Kirghizistan. Elle va chercher l’eau potable à la fontaine située à 50 mètres de chez elle. Mais c’est dans le petit canal tout près de sa maison qu’elle et sa mère puisent l’eau nécessaire à l’arrosage des plantes et au nettoyage des habits. En contrebas, la rivière coule doucement. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a deux ans, lors de la saison de la fonte des neiges, le cours d’eau, pourtant profond de plusieurs mètres, est sorti de son lit et a semé la panique et la désolation dans le village en inondant les habitations alentour. Nurzat s’en souvient comme si c’était hier: «J’ai eu très peur. J’étais chez moi avec mes deux grands frères, et nous avons vu l’eau monter dans la cour. Nous nous sommes réfugiés à l’intérieur, mais l’eau continuait à monter.»

Récoltes englouties

La nuit où la rivière est arrivée avec fracas aux portes de sa maison est aussi un souvenir douloureux pour Jamilya Shadykanova, la mère de Nurzat: «C’est le bruit des flots, de plus en plus fort, qui nous a réveillés. C’était très angoissant.» Dans la cour, l’eau lui arrivait jusqu’aux genoux. Deux jours plus tard, quand les eaux se retirent, Jamilya Shadykanova ne peut que constater les dégâts: le potager est dévasté, et les cultures de fraisiers, qui constituaient un substantiel revenu, ravagées.

«C’est le bruit des flots, de plus en plus fort, qui nous a réveillés. C’était très angoissant.»

L’étable est inondée, et cinq moutons périront des suites de maladies dues à l’humidité. La famille n’a plus qu’une vache, une chèvre et un âne. La crue a aussi endommagé les fondations de la maison, construite en briques de terre crue. A l’intérieur, des fissures sont encore visibles sur les murs, même si Jamilya Shadykanova a tenté de les cacher sous des tapis multicolores.

Un travail d’équipe

Aujourd’hui encore, dès qu’il pleut un peu trop fort, Nurzat et sa mère craignent le pire. Elles espèrent que la rivière ne débordera plus. Avec l’aide de la Société du Croissant-Rouge du Kirghizistan, les villageois se sont munis de pioches et de pelles pour nettoyer le lit et renforcer les berges de la rivière. Ils ont aussi construit un nouveau pont, cette fois-ci en dur. Avec le soutien de la Croix-Rouge suisse (CRS) et des autorités locales, qui ont fourni machinerie lourde et matériel, de nombreux travaux de renforcement des rivières, de construction de digues et de canalisation des cours d’eau ont pu être réalisés dans la province de Talas.

Partout, rivières et canaux d’irrigation jouxtent les habitations. Lors des graves inondations de 2014, de nombreuses maisons ont été touchées, et les cultures, saccagées – précarisant encore un peu plus la situation des familles aux revenus modestes.

A quelques dizaines de kilomètres de là, à Kara-Suu, «l’eau noire», Bayastanov Satybaldy, 76 ans, assiste avec satisfaction aux travaux effectués par les bénévoles du Croissant-Rouge kirghize. L’homme au visage buriné par le soleil et à la petite barbiche soigneusement taillée porte fièrement le chapeau blanc national. Il ne cache pas sa joie et sa reconnaissance. «Merci pour tout ce que vous faites. J’ai vécu quinze ans les pieds dans la boue.  Je perdais régulièrement tout ce que je plantais. Vous êtes comme un père et une mère pour moi», dit-il en s’adressant à Elzat Mamutalieva, coordinatrice de la CRS au Kirghizistan. La maison où il a élevé ses dix enfants est juste au bord de la rivière. Cette dernière est désormais canalisée sur 500 mètres, et les volontaires du Croissant-Rouge travaillent au renforcement de ses berges.

Comités d’urgence

Dans douze villages, la CRS a recruté et formé en collaboration avec le Croissant-Rouge kirghize une quinzaine de bénévoles pour faire face aux situations d’urgence. Quand une inondation est imminente, ces comités locaux sont chargés d’avertir les habitants du danger et de leur indiquer les lieux où se mettre en sécurité. Inondations, coulées de boue et glissements de terrain ne sont pas les seuls dangers auxquels Nurzat et sa famille doivent se préparer.

 

Avec 3000 secousses sismiques enregistrées chaque année, le Kirghizistan est le pays d’Asie centrale le plus exposé aux tremblements de terre. A l’école, Nurzat et près de 800 élèves âgés de 7 à 16 ans apprennent comment réagir en cas de secousse sismique. Des exercices d’évacuation ont ainsi lieu deux fois par an dans douze établissements de la province: les jeunes doivent d’abord s’abriter sous leurs bureaux et se regrouper avant de quitter le bâtiment. Ils sont également initiés aux premiers secours.

 

Le Croissant-Rouge kirghize est la seule organisation non gouvernementale active dans le domaine de la prévention des catastrophes dans la province de Talas. Les projets soutenus par la CRS impliquent douze villages sélectionnés parmi les plus exposés et profitent à près de 35 000 personnes.