Aide en faveur des migrants forcés

«Nous sauvons des vies!»

En août dernier, Kerstin Jantschgi, infirmière de la CRS, a embarqué à bord du Responder, un navire de recherche et de sauvetage qui patrouille en mer Méditerranée, entre la Libye et l’Italie. Le bateau vient en aide aux migrants qui tentent la traversée sur des canots pneumatiques et des embarcations en bois qui n’ont aucune chance de rallier les côtes italiennes. A bord, Kerstin et son équipe de la Croix-Rouge dispensent aux rescapés des soins d’urgence, leur fournissent de la nourriture, de l’eau, des vêtements secs et des couvertures.

Qu’est-ce qui vous a décidée à devenir infirmière?

J’ai toujours eu envie d’aider les autres, sans vraiment savoir quelle forme donner à cette aspiration. Il m’a fallu du temps avant de réaliser que le métier d’infirmière me permettrait de répondre pleinement à cette attente.

Comment êtes-vous arrivée à la Croix-Rouge?

Quand j’étais jeune, j’ai voyagé dans le monde entier tout en ayant cette envie de m’engager dans l’humanitaire. Même après avoir obtenu mon diplôme d’infirmière et décroché un emploi à temps plein à l’hôpital, je continuais à chercher un projet qui me corresponde. Jusqu’au jour où j’ai appris que la Croix-Rouge menait des activités de gestion de catastrophes à l’international. Ça a été le déclic.

En quoi la mission sur le Responder est-elle différente de votre quotidien d’infirmière?

Ce qui me plaît ici, c’est qu’il faut agir vite et que les effets sont considérables. Les missions de courte durée aux côtés de la Croix-Rouge sont d’une grande intensité, nous sauvons des vies! C’est une expérience tellement différente de ce à quoi je suis habituée. En Suisse, la plupart des gens ont quelqu’un qui s’occupe d’eux ou qui se tient à leurs côtés. Ce n’est pas le cas de la majorité des personnes dont je m’occupe sur le Responder.

Quelles difficultés rencontrez-vous à bord du Responder?

Tout est un peu plus compliqué. Il y a d’abord la barrière de la langue. Par ailleurs, les installations et les équipements médicaux sont plus sommaires, sans compter que les rescapés sont souvent traumatisés.

Galerie: Une journée à bord du Responder

Quels sont les problèmes de santé dont souffrent les migrants repêchés?

Ils sont souvent déshydratés et épuisés. Certains présentent aussi de petites blessures ouvertes et des brûlures.

Y a-t-il parmi les rescapés quelqu’un dont l’histoire vous a particulièrement frappée?

Le mois dernier, j’ai rencontré un garçon de 8 ans. Il était seul et avait tenté la traversée sans ses parents. Je lui ai demandé s’il avait des amis à bord du bateau; il m’a répondu que non. Nous avons bien évidemment veillé à le tenir à l’écart des adultes. Il est resté jusqu’à la fin avec les femmes et les autres enfants. Il nous a étonnés par son courage!

Pouvez-vous résumer en une phrase la mission du Responder?

Nous nous employons à sauver autant de vies que possible et à aider les migrants en quête d’un lieu sûr pour vivre.

S’il fallait retenir une seule chose des rescapés que vous rencontrez, que diriez-vous?

Ce sont des êtres humains. Or tous les êtres humains sont égaux en droits. J’aimerais que chacun d’entre nous se demande ce qu’il ferait si sa famille était en danger. Jusqu’où irions-nous pour sauver nos enfants? Selon moi, pour protéger leur famille beaucoup d’entre nous entreprendraient le même voyage.

Pour vous, la Croix-Rouge, c’est quoi?

C’est aider les personnes dans le besoin, indépendamment de leur origine. J’ai toujours eu une haute idée de l’impartialité. Travailler pour la Croix-Rouge me permet d’œuvrer jour après jour dans le respect de ce principe.

Une dernière question: y a-t-il un objet que vous vous félicitez d’avoir emporté avec vous?

Un petit oreiller. Je dors encore mieux avec mon oreiller!

Interview: Jenelle Eli, IFRC

Saved at Sea : Rescuing Migrants in the Mediterranean - the fifth estate

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