Pool d’aide d’urgence de la CRS

«Les compétences sociales sont tout aussi importantes que l’expertise»

Cet automne, pas moins de 30 spécialistes CRS de l’aide d’urgence ont été déployés sur trois continents – jamais un tel chiffre n’avait été atteint. Comment fonctionne le pool de personnel de la CRS? Pourquoi revêt-il toujours plus d’importance dans le domaine de l’aide d’urgence? Les réponses avec Beatrice Weber, responsable de la gestion de catastrophes à la CRS.

Beatrice Weber, la Croix-Rouge suisse (CRS) n’a jamais déployé simultanément autant de spécialistes de l’aide d’urgence. Comment expliquez-vous le chiffre record qui vient d’être atteint?

Beatrice Weber: En cet automne 2017, les catastrophes se sont accumulées: aux Caraïbes, où, en septembre, un ouragan chassait l’autre, au Bangladesh, noyé sous un véritable raz-de-marée de réfugiés, ou encore à Madagascar, où la peste s’est déclarée. A chaque fois, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a sollicité notre appui. Nous sommes heureux d’avoir pu répondre à ses demandes.

La CRS dispose-t-elle des ressources nécessaires?

Ces dernières années, nous avons beaucoup investi dans la formation de spécialistes de l’aide d’urgence, si bien que nous disposons aujourd’hui d’un vaste réservoir de compétences et d’expérience. Ces experts, dont les interventions sont systématiquement coordonnées avec l’action du Mouvement international, sont formés suivant les standards de la FICR. Nous nous appuyons sur des personnes spécialisées dans les domaines de la santé et de la logistique, et nous leur apportons nous-mêmes les perfectionnements dont elles ont besoin pour se préparer au mieux à la gestion de catastrophes. Ces intervenants entrent en action lorsque les spécialistes locaux sont dépassés par l’ampleur d’une catastrophe ou lorsqu’ils sont directement touchés. S’ils mettent eux-mêmes la main à la pâte, il est tout aussi important qu’ils transmettent leur savoir aux bénévoles Croix-Rouge et aux spécialistes locaux.

De qui se compose ce pool?

Il s’agit pour partie de logisticiens salariés par le Siège de la CRS. Pour l’essentiel cependant, le personnel en question est constitué de professionnels travaillant dans le privé et, pour ce qui est des spécialistes de la santé, dans des hôpitaux ou des cabinets médicaux. Ils sont libérés par leurs employeurs pour la durée de leurs missions. Enfin, nous formons également des experts à l’aide d’urgence dans les pays d’intervention où nous menons des programmes de développement sur le long terme. Cela leur permet d’acquérir une vaste expérience dont ils font ensuite profiter leur Société nationale de la Croix-Rouge.

Ces équipes sont donc très hétérogènes. Le voyez-vous comme un avantage ou comme un inconvénient?

Ces différences de profils et de vécus sont extrêmement précieuses. Un sauveteur libanais expérimenté, comme celui que nous avons récemment dépêché aux Caraïbes, dispose d’une expérience du terrain qui n’a rien à voir avec celle, disons, d’un logisticien travaillant pour un grand distributeur suisse. Réunis au sein d’une même équipe, ils vont se compléter. Mais bien sûr, de telles différences constituent aussi un défi. Les missions sont très éprouvantes, et, souvent, les membres du personnel n’ont aucune possibilité de s’isoler un peu ou de se reposer. Dans ces conditions, les compétences sociales et la résistance sont tout aussi importantes que l’expertise.

La CRS a-t-elle aussi expédié des biens de secours aux Caraïbes et au Bangladesh?

Au-delà de l’envoi de spécialistes, nous avons apporté notre soutien financier aux opérations d’aide d’urgence. Toutefois, pour des raisons d’efficience, les biens de secours ne sont plus acheminés comme avant depuis la Suisse, mais achetés sur place – soit dans le pays concerné, soit dans la région. Par ailleurs, de plus en plus souvent, les populations qui ont tout perdu dans une catastrophe bénéficient d’allocations d’espèces qui leur permettent de couvrir elles-mêmes leurs besoins. Encore faut-il pour cela que le marché local fonctionne. Ces formes modernes d’aide ont l’avantage de contribuer à soutenir les marchés locaux. De plus, elles tiennent compte du fait que les victimes sont les mieux placées pour savoir ce dont elles ont le plus besoin.