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Un engagement planétaire

Dans le cadre de ses interventions à l’étranger, la Croix-Rouge suisse (CRS) est amenée à travailler avec des partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ready a rencontré Beat von Däniken, chef du département Coopération internationale, pour en savoir plus.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager pour la CRS? Comment votre carrière a-t-elle commencé?

Beat von Däniken: De par ma formation de géographe, j’ai été très tôt confronté au thème du développement. Au début de ma carrière, je me suis notamment intéressé aux conséquences économiques et sociales du changement climatique. Mon travail de mémoire avait d’ailleurs pour sujet, entre autres, l’impact du réchauffement sur l’homme et l’environnement. C’est au Burundi et en Afghanistan que j’ai fait mes premiers pas professionnels avec le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant- Rouge, en tant que délégué et chef d’une sous-délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Par la suite, j’ai rejoint l’administration fédérale à la Direction du développement et de la coopération (DDC), pour laquelle je me suis engagé dans l’aide humanitaire, et ce plusieurs années à l’étranger. Depuis l’an passé, je dirige le département Coopération internationale de la CRS.

On peut faire bouger des choses!

Qu’est-ce qui est le plus marquant dans votre travail?

Beat von Däniken: Le fait de pouvoir faire bouger les choses. A travers nos projets et activités, nous garantissons les moyens de subsistance de personnes défavorisées, nous leur donnons accès à la santé et à une meilleure qualité de vie. Voilà ce qui me motive jour après jour.

Comment se déroule la collaboration internationale de la CRS?

Beat von Däniken: Elle se divise en plusieurs grandes phases. En cas de catastrophe ou de crise, nous nous engageons d’abord dans l’aide d’urgence. Vient ensuite la phase de la reconstruction, suivie dans un troisième temps par la coopération au développement, dont les objectifs s’inscrivent dans le long terme: il s’agit alors souvent d’améliorer les services publics, par exemple dans le domaine de la santé ou en matière d’évolution des comportements. L’objectif est de garantir une dynamique positive. Un travail de sensibilisation combiné à un meilleur accès des familles dans le besoin aux centres de soins locaux va ainsi permettre de réduire fortement la mortalité mère-enfant. Il existe encore une quatrième phase, dédiée à la prévention. Au Honduras et au Salvador, la CRS aide par exemple les populations rurales, souvent pauvres, à développer leur résilience. En d’autres termes, elle fait en sorte qu’elles soient mieux préparées aux conséquences d’éventuels cyclones ou inondations. Le travail, en collaboration avec les habitants, consiste dès lors à identifier les risques naturels et à définir les mesures de protection nécessaires.

De quel engagement avez-vous gardé le souvenir le plus frappant?

Beat von Däniken: Je pense à mes activités en Afghanistan avec le CICR. J’avais été frappé par l’optimisme, l’hospitalité et la gentillesse de ces gens malgré un conflit interne qui durait depuis des dizaines d’années déjà. Je me souviens aussi des négociations très difficiles avec les chefs talibans à Hérat. En dépit de toutes leurs réticences, j’avais réussi à réveiller en eux un fond d’humanité et à obtenir un droit de visite des prisonniers pour le CICR.

Les gens nous sont reconnaissants de ne pas les avoir oublié.

Qu’est-ce qui vous touche le plus lorsque vous visitez des projets CRS à l’étranger?

Beat von Däniken: La proximité avec les plus démunis. J’admire leur volonté et leur dignité dans des contextes marqués par la pauvreté ou des conflits. Malgré les circonstances, ils restent pour la plupart déterminés à se remettre aussi vite que possible sur les bons rails. Il est d’ailleurs impressionnant de voir qu’on peut faire de grandes choses avec très peu de moyens. Aux Philippines par exemple, après le passage de Haiyan, les habitants et la Croix-Rouge philippine se sont très rapidement mobilisés pour reconstruire le pays et aider ceux qui en avaient besoin. De plus, les gens nous sont reconnaissants de ne pas les avoir oubliés et de répondre à leurs besoins et à leurs attentes, ce qui est le coeur de notre travail.

Dans quels pays la CRS s’engage-telle?

Beat von Däniken: Nous sommes présents sur tous les continents, dans une trentaine de pays pauvres ou fragiles. Le choix se fait en fonction des besoins des populations, mais aussi des possibilités et des compétences des partenaires locaux, par exemple dans le domaine de la santé. Notre intervention peut être consécutive à une demande du pays lui-même ou se faire sur mandat d’un bailleur de fonds comme la DDC. Parallèlement, nous nous engageons bien sûr dans des pays touchés par des crises ou des catastrophes.

Y a-t-il des pays où la CRS ou le CICR n’ont pas le droit de s’engager?

Beat von Däniken: A vrai dire, non. La plupart des pays ont leur propre Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge. Or il est essentiel en matière de coopération au développement de pouvoir compter sur des partenaires locaux forts. Dans certains pays, il peut aussi s’agir de ministères, d’autorités ou d’ONG. Mais une chose est sûre: sans eux, on ne peut obtenir de résultats durables.

Comment se fait la répartition des pays d’intervention au sein du Mouvement?

Beat von Däniken: Aux termes de l’Accord de Séville de 1997, le CICR est l’institution directrice en cas de conflit armé, tandis que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge couvre les pays épargnés par ce type de situation. Cette dernière assume la direction et la coordination des activités dans les régions touchées par des catastrophes naturelles majeures. Après le passage de Haiyan l’an passé, elle a ainsi coordonné, main dans la main avec la Croix-Rouge philippine, les opérations de secours des différentes Sociétés nationales.