Extrait de mon journal de bord

31 août 2014 Tout un pays paralysé par Ebola

Je suis arrivée à Freetown. L’avion qui m’a transportée jusqu’ici ne comptait qu’une quarantaine de passagers. Autant dire que la place ne manquait pas. Brussels Airlines assure normalement cinq liaisons hebdomadaires avec la capitale sierra-léonaise. Tel était également le cas d’Air France et de British Airways avant que l’épidémie d’Ebola ne les amène à suspendre complètement leurs vols. Brussels Airlines dessert Freetown encore deux fois par semaine. Peu fréquentée, la ligne est largement déficitaire. Sans la compagnie belge, l’aide humanitaire destinée à la Sierra Leone ne pourrait être acheminée. Les passagers du vol ont été invités à faire un don afin de soutenir la liaison aérienne.

L’escale à Dakar, la capitale sénégalaise, est l’occasion d’une relève de l’équipage de cabine. A notre arrivée à Freetown, nous devons tous remplir un formulaire sanitaire et nous soumettre à une mesure de la température. S’ensuit une rocambolesque traversée en taxi-bateau. Dans l’obscurité, le canot à moteur fonce en direction de la ville en fendant les vagues. Je suis soulagée que nous soyons tous équipés d’un gilet de sauvetage. De nouveau sur la terre ferme, nous montons dans un minibus qui nous conduit à l’hôtel. Situation exceptionnelle face à la baie. Chambres spacieuses.

Ce matin, je suis frappée par l’atmosphère tendue qui règne à la table du petit-déjeuner ainsi que par l’importance des effectifs de personnel dans cet établissement si peu fréquenté. Je demande au propriétaire comment il va. Il m’explique que sur les 90 chambres de l’hôtel, seules dix sont occupées. Il doit en louer huit pour couvrir ne serait-ce que ses coûts d’électricité. Il a 90 employés. Nombre d’hôtels ont recours au chômage partiel pour réduire leurs charges de personnel. Opposé à une telle mesure, le propriétaire continue d’employer tous ses collaborateurs – à perte. Il pourra tenir pendant trois à quatre mois. Après, l’affaire ne sera plus viable. Il espère que l’aide de la Croix-Rouge et la fin de la saison des pluies sonneront le glas de l’épidémie d’Ebola. Cette flambée est pour lui aussi une vraie malédiction. En temps normal, son hôtel est complet. Les œuvres d’entraide sont nombreuses en Sierra Leone. Mais presque toutes ont retiré leur personnel et quitté le pays. Seuls l’OMS, MSF et la Croix-Rouge restent mobilisés.

Lorsque j’achète une carte SIM locale pour mon téléphone mobile, l’employée me remercie de m’être éloignée de ma famille pour venir secourir ses compatriotes. Demain matin, nous nous rendrons à Kenema, dans le sud-est du pays, où l’hôpital dans lequel je vais travailler est en cours de construction.