Coronavirus et migration

L’accès à la protection mis à mal par le virus

Les bouleversements engendrés par le coronavirus risquent de porter un coup dur aux valeurs défendues par la Croix-Rouge suisse, en premier lieu celle d’humanité. En plus des mesures pour la santé, la CRS appelle à ce que l’accès à la protection internationale pour les personnes migrantes ne soit pas oublié.

 

Frontières fermées, économie et administration fonctionnant au ralenti, confinement: autant de mesures pour contrer le coronavirus qui, si elles nous touchent toutes et tous, atteignent de façon disproportionnée les personnes ayant dû fuir leur patrie. Alors que conflits et situations délétères du point de vue des droits humains continuent de faire croître la pression migratoire, les voies légales permettant à une personne en danger d’accéder à la protection de la Suisse se sont réduites comme peau de chagrin. Depuis 2012, il n’est plus possible de demander l’asile auprès d’une ambassade suisse, les rares programmes de réinstallation bénéficient à un très faible pourcentage des personnes qui en auraient besoin, la pratique en matière de regroupement familial s’est considérablement durcie et le Service de conseil en matière de visa humanitaire mis en place par la CRS en 2013 enregistre également une forte baisse du taux d’acceptation (-22% entre 2018 et 2019), alors même que les demandes croissent.

Une restriction de plus à la protection

Dans ce contexte, il est crucial que les mesures prises pour endiguer le coronavirus ne constituent pas une entrave supplémentaire à l’accomplissement des droits des personnes vulnérables. L’accès à la procédure d’asile doit rester garanti. Quand cela est nécessaire, des tests peuvent être effectués et des quarantaines ordonnées, mais le coronavirus ne doit pas être un motif pour refouler de façon systématique aux frontières ou renoncer à sauver des vies en mer. Les enfants mineurs non-accompagnés (MNA), ainsi que d’autres personnes vulnérables doivent faire l’objet d’une attention particulière et des visas doivent être délivrés pour tous les autres cas urgents. A cet égard et comme déjà annoncé par plusieurs Etats dont la Suisse, qui s’apprête à recevoir 22 jeunes, il importe de mettre en œuvre de façon rapide et non bureaucratique l’accueil des MNA se trouvant en Grèce. Il faut en outre éviter autant que faire se peut la séparation des familles et, en cas de suspension du regroupement familial, qu’elle n’ait lieu que strictement le temps nécessaire à la préservation de la santé publique. Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’efforce de soutenir les gouvernements en ce sens.

Le cas critique de la Grèce

La CRS et le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans son ensemble sont extrêmement préoccupés par la situation en Grèce. Ces inquiétudes, partagées par de nombreuses organisations, ont trouvé un écho au Parlement. Le 22 avril dernier, la Commission des institutions politiques du Conseil national a déposé une motion demandant au Conseil fédéral de s’engager au niveau européen pour améliorer la situation. La CRS salue ce texte, qui va dans le bon sens. La pandémie aggrave les conditions insoutenables qui règnent dans les camps surpeuplés. Pour cette raison, la CRS demande à la Suisse, de concert avec ses partenaires européens, d’aider la Grèce à procéder à leur évacuation.