Philippines

Aider les victimes oubliées

Sally a souvent le sourire – et pas seulement sur son t-shirt. Si le typhon a détruit tout ce qu’elle possédait, il ne lui a fait perdre ni son énergie ni son optimisme. En visite aux Philippines, Markus Mader, directeur de la CRS, a été impressionné par cette reconnaissance.

A première vue, tout est rentré dans l’ordre à Busuanga: les rues sont dégagées, la plupart des maisons remises en état. La végétation repousse, déjà luxuriante. Mais l’impression est trompeuse. Si la nature se remet vite, les hommes, eux, sont encore traumatisés. Bien qu’habitués aux événements climatiques extrêmes, jamais ils n’avaient vécu semblable cataclysme.

A San Rafael, Sally, tout sourire, tend à ses visiteurs suisses une enveloppe ornée de la croix rouge. Elle y a trouvé l’équivalent de 40 CHF, un soutien accordé sans formalités par la Croix-Rouge suisse (CRS) aux victimes du typhon Haiyan sur l’île de Busuanga. «Merci beaucoup pour votre aide! Pour moi, cette enveloppe est un symbole d’espoir, mais aussi de reconnaissance. C’est pour cela que je la garde.» Markus Mader, directeur de la CRS, est touché par l’immense gratitude témoignée par les habitants. «Plus encore, ce qui m’impressionne, c’est que ces gens aient pu reconstruire tant de choses si vite et avec si peu de soutien», confie-t-il à l’occasion de sa visite. Une visite qui doit l’aider à se faire une idée de la situation sur place et des besoins de la population, la CRS ayant décidé de s’engager aux Philippines durant les années à venir.

Palawan, les îles oubliées

Le nord de l’archipel de Palawan, auquel appartient Busuanga, était et reste province oubliée des Philippines. Pauvre et structurellement faible, elle n’a pratiquement reçu aucune aide hormis celle de la Croix-Rouge. Sa population, essentiellement indigène, vit avant tout de la pêche. A Tagumpay, Markus Mader demande à Carina Salva comment se débrouille sa famille, dont la petite dernière, Selina, n’a que deux ans, depuis que le typhon a détruit les embarcations. Elle lui répond qu’en attendant de pouvoir construire un nouveau bateau, son mari, comme tant
d’autres, se contente de quelques tiges de bambous ficelées entre elles. Face à son interlocuteur, visiblement ému, elle poursuit: «Oui, Haiyan n’a épargné personne.»  On comprend son bonheur lorsqu’elle souligne que «grâce à la Croix-Rouge, nous avons aujourd’hui une nouvelle maison».

Lointain Malawig

Niché entre deux baies, le village de Malawig se caractérise par un accès aussi difficile que son cadre est enchanteur. Rien d’étonnant quand on sait que Malawig signifie «loin». Les Tagbanuwa, l’une des plus anciennes tribus des Philippines, vivent ici depuis des générations. Ils nousracontent que le typhon n’a laissé quasiment aucune maison debout. Aujourd’hui toutefois, le village a des airs de fête. Tout le monde est venu accueillir le directeur de la CRS et le président dela Croix-Rouge philippine. Les villageois veulent savoir ce qu’il reste à faire et comment la construction sera menée. Andy Talangay est là lui aussi: il a renoncé à la pêche pour venir dire salámat– merci.

Défi logistique
Trois heures de piste sinueuse et cahoteuse, un nuage de poussière permanent, de nombreux ponts détruits – le trajet de Coron à Malawig nous fait vite comprendre à quel point il est difficile d’acheminer de l’aide dans cette région. La pluie ayant fait son apparition, la route se transforme par endroits en ruisseau, et les convois lourdement chargés font du surplace. Daniel Nash, logisticien CRS, nous explique pourquoi le transport terrestre a malgré tout la préférence: «La mer n’est pas profonde, et il y a de nombreux récifs coralliens.» Par ailleurs, les avions légers adaptés sont rares, sans compter les frais. «Quelles que soient les difficultés, la Croix-Rouge a toujours réussi à acheminer son aide aux destinataires.»