Guerrières sans armes
Pendant longtemps, on a surnommé les Guaranis en Bolivie les « Kereimba », autrement dit les guerriers. Mais aujourd’hui, le seul combat de cette minorité ethnique est celui qu’ils livrent à une misère noire.
Depuis une dizaine d’années, la Croix-Rouge suisse a fourbi des armes pour aider les indiens dans leur lutte pacifique.
Les veuves et les femmes seules au foyer sont les premières victimes de la pauvreté.
«Grâce à la Croix-Rouge, nous les femmes sommes mieux informées, et plus sûres de nous nous », affirme Serafina Sanchez, présidente de l’association féminine locale.
La vie n’a pas ménagé Marcela Segundo. Depuis sept ans, elle élève seule ses cinq enfants. Certes, elle tisse des étoffes pour gagner un peu d’argent, mais cinq jours de travail lui rapportent à peine 10 francs suisses. Quant aux vêtements et au matériel scolaire, ils coûtent cher, sans compter qu’il faut souvent acheter la nourriture : depuis deux ans, la sécheresse sévit dans le Chaco bolivien (plaine orientale).
Or, ici à Eity, les paysans vivent en autarcie et les emplois font défaut. On est à la fin de l’hiver et le petit champ ne produit quasiment rien. L’objectif de la CRS est d’aider ces habitants à trouver eux-mêmes des solutions à leurs problèmes.
A Kaipirendi, 50 femmes sont propriétaires du magasin communautaire, où 700 personnes environ viennent se servir.
Deux des 13 sages-femmes traditionnelles, qui ont reçu une formation complémentaire de la CRS.
Des femmes plus sûres d’elles
Dans ce contexte, la promotion des femmes n’est pas un vain mot. Depuis dix ans, la CRS leur enseigne à se nourrir de façon équilibrée et leur donne des cours de cuisine et de couture. En outre, 15 associations féminines ont touché quelque 200 francs suisses pour monter une épicerie villageoise. On leur a aussi inculqué des rudiments de comptabilité. La majorité ont maintenant remboursé le prêt qui leur avait été accordé, et même augmenté leur capital.
Au magasin, les paysans peuvent troquer du maïs ou des fèves contre de l’huile, du riz ou des légumes. Les associations avancent aux familles pauvres les denrées alimentaires qu’elles rembourseront après la récolte. Les bénéfices permettent encore d’aider les plus démunis de la communauté ; ainsi, elles ont réparé le toit de la veuve Marcela Segundo.
Grâce à la Croix-Rouge, tous les petits enfants sont aujourd’hui vaccinés.
Modifier les rôles traditionnels
Des sondages récents montrent que 40% environ des enfants souffrent de malnutrition, ce qui les prédispose à la dysenterie et aux refroidissements. La sécheresse persistante qui frappe le Chaco constitue un grave obstacle à une alimentation saine. Régulièrement, les épidémies emportent une grande partie du bétail. Pourtant, les communautés gardent confiance.
Un autre projet témoigne de la solidarité qui unit les villageois et du changement d’attitude des deux sexes. Les familles de Kaipirendi ont aménagé en commun un jardin potager. Elles se rencontrent régulièrement ; les hommes sèment, plantent, arrosent et sarclent, tâches qui incombent traditionnellement aux femmes. Entre temps, celles-ci préparent le repas commun et la bière de maïs, la chicha, pour la fête qui couronnera ces travaux.
Patricia Mauerhofer, Coopération internationale CRS